Aller au contenu

Dorothea Lange - NoDem Photographe

NOël DEMulier
Artisan Photographe
Nancy
NOël DEMulier
Artisan Photographe
Nancy
NOël DEMulier
Artisan Photographe
Nancy
Sauter le menu

Dorothea Lange

Les photographes qui m'ont marqué
Dorothea Lange (1895-1965), c’est une figure majeure de la photographie documentaire, et surtout une photographe du regard juste.
Une photographie engagée, mais jamais militante au sens étroit. Lange ne cherchait pas à convaincre par le slogan. Elle montrait. Et ce qu’elle montrait, suffisait.

Pendant la Grande Dépression, elle photographie les laissés-pour-compte de l’Amérique : ouvriers agricoles ruinés, familles migrantes, chômeurs, mères épuisées. Pas de manipulation émotionnelle, pas d’esthétisation de la misère. Juste des visages, des corps, des silences.

Une éthique du regard
Ce qui la distingue profondément, c’est sa posture : Elle prend le temps, elle parle avec les gens, elle refuse de voler une image.

Une femme marquée par la vie
La poliomyélite enfant lui laissera une démarche claudicante. L’abandon du père lui donnera une conscience aiguë de la fragilité humaine.
Tout cela nourrit son regard : Empathique, mais sans concession. Elle ne maquille jamais la réalité pour la rendre plus acceptable.

L’« autre Amérique »
Lange révèle ce que l’Amérique préférait ne pas voir : La pauvreté rurale, l’échec du rêve américain.
Plus tard, l’internement des Américains d’origine japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale (travail longtemps censuré)
Pourquoi elle compte encore aujourd’hui

Parce que son travail pose une question toujours actuelle : À quoi sert une photographie si elle ne nous oblige pas à regarder autrement ?
Elle ne nous a pas laissé une photographie décorative, mais une photographie qui dérange doucement, durablement.
Cette photo n’est pas prise par Dorothea Lange elle-même, mais par Rondal Partridge, son assistant à l’époque (et fils d’Imogen Cunningham).

Cette photographie dit quelque chose de très précis, et très profond, sur le statut du photographe de terrain. Pas sur l’artiste, pas sur la célébrité. Sur le rôle.

Ici, le photographe ne se tient pas à distance, n’est pas protégé par un studio, n’est pas séparé par un dispositif confortable. Il est littéralement posé sur ce qui lui permet d’avancer : sa voiture, son outil de déplacement, son refuge provisoire.
Le photographe de terrain vit dans le même espace que ce qu’il documente.

Rien dans l’image n’évoque la stabilité : Pas de lieu fixe, pas de décor maîtrisé, pas de posture “officielle”
Le photographe est mobile, dépendant de la route, de la météo, du temps. Toujours entre deux lieux.

L’appareil est là, visible, mais, il n’est pas brandi, il n’est pas mis en avant, il n’impressionne pas.
Il est simplement présent, comme un prolongement du corps. Il est là pour traduire réel.

Le photographe de terrain ne prend pas, il se rend disponible.
Cette image dit : "Je suis là." Quand quelque chose devra être vu, je serai prêt.
Rien de spectaculaire, rien d’héroïque. Et pourtant, c’est ce type de posture qui construit la mémoire collective. Le photographe de terrain n’est pas celui qui fait l’Histoire. C’est celui qui permet qu’elle ne disparaisse pas.

Les relations entre Dorothea Lange et Rondal Partridge sont intéressantes parce qu’elles sont simples, professionnelles… et révélatrices d’une époque.
 
Dans les années 1930, Partridge est l’assistant de Dorothea Lange sur le terrain, notamment pendant ses missions pour la Farm Security Administration (FSA).

 
Son rôle est concret : Conduire, porter le matériel, aider à l’installation et parfois, photographier lui-même.
 
Il est un compagnon de terrain.
 
Le fait que Partridge photographie Lange, comme dans l’image ci-dessus, dit quelque chose d’important : Lange accepte d’être vue sans mise en scène, elle ne cherche pas à contrôler son image, elle reconnaît la légitimité du regard de son assistant.
 
Ils ont passé beaucoup de temps ensemble sur les routes. Mais il n’y a pas de trace d’une relation affective forte ou fusionnelle.
 
Ils sont deux personnes sur la route, à un moment précis de l’Histoire, faisant ce qu’il y a à faire.
 
Et peut-être que cette simplicité est aussi une clé de son héritage.


Cette photo est d’une intelligence presque cruelle, mais jamais cynique.

À gauche : Deux silhouettes modestes, des pas lourds, une route interminable

À droite : Un panneau immense, un corps détendu, un message absurde : « Next time, try the train. Relax. »

Ce qui est bouleversant, c’est que rien n’est forcé.
Elle n’a pas besoin de cadrer la misère en gros plan. Elle la laisse cohabiter avec le discours publicitaire du progrès et du confort.

Ce n’est pas une photo “contre” la publicité.
C’est une photo qui laisse la réalité répondre d’elle-même.

On pourrait presque dire que Dorothea n’accuse personne.
Elle met en présence. Et le spectateur fait le reste.
Cette photographie parle d’un monde à deux vitesses. Aujourd’hui encore, l’image fonctionne parfaitement. D’un côté, ceux qui avancent comme ils peuvent, à pied, fatigués, invisibles. Et de l’autre, un discours lisse, publicitaire, normatif, qui promet confort, facilité, solutions simples.
Elle parle de l’absurdité des injonctions : « Next time, try the train. Relax. »
Aujourd’hui, cela résonne comme : “Traverse la rue” ; “Forme-toi” ; “Sois mobile”.
Des phrases qui supposent que tout le monde a accès aux mêmes choix.
C’est une image qui anticipe notre époque : Sur-exposition des images et invisibilisation des vies.
Aujourd’hui, cette photo nous place dans une position inconfortable.
Nous sommes ceux qui lisent le panneau, ceux qui comprennent l’ironie, ceux qui ne sont pas sur la route.
La photographie ne nous accuse pas. Mais elle nous montre que l’injustice n’a pas besoin de violence pour être profonde.
Dorothea Lange ne nous dit pas quoi penser. Elle nous empêche simplement de faire semblant de ne pas voir.
Et c’est peut-être là, aujourd’hui encore, sa plus grande force.

NoDem artisan photographe
Nancy
06.30.89.84.36
Siret 40775677400029

NoDem artisan photographe
Nancy
06.30.89.84.36
Siret 40775677400029

Retourner au contenu